L’entretien non directif (ou libre) : définition, caractéristiques, étapes et exemples

Les étudiants et les professionnels sont régulièrement amenés à réaliser un entretien de recherche. Pour mener une étude qualitative, l’entretien non directif est souvent plébiscité.

L’article présente l’entretien non directif sous différents angles :

  • La définition et les caractéristiques.
  • Les avantages et limites.
  • Les étapes à suivre.
  • L’analyse des résultats obtenus.
  • Un exemple complet.

L’entretien non directif : qu’est-ce que c’est ?

“L’entretien non directif constitue un modèle générique d’interactions grâce à sa structure flexible qui permet à l’interviewé de s’approprier l’entretien.” (Magioglou, 2008)

L’entretien non directif (ou “entretien libre”) est une méthode de recherche d’étude qualitative qui permet de collecter des données. Il est utilisé pour obtenir des informations détaillées sur un sujet général et permet de réaliser une investigation.

Il s’agit pour l’enquêteur de réaliser un entretien individuel (ou collectif) durant lequel la parole est donnée à la personne interrogée. Cette dernière aura le temps et l’opportunité d’exprimer son point de vue et le chercheur devra intervenir avec parcimonie.

L’enquêteur ne mène pas l’entretien non directif : l’individu interrogé est libre de répondre ce qu’il souhaite et peut emmener l’entretien là où il veut.

Les caractéristiques de l’entretien non directif

L’entretien non directif se différencie de l’entretien semi-directif et de l’entretien directif dans le sens où il laisse beaucoup de liberté à la personne interrogée.

Grande liberté de la personne interrogée

Si les deux autres types d’entretiens se basent sur un questionnement précis, l’entretien non directif laisse la parole à la personne interrogée et propose une approche large du sujet étudié. Il emploie pour cela des questions complexes (ouvertes).

Un enquêteur passif ?

L’enquêteur se contente de relancer la conversation à partir des déclarations faites et laisse la personne interrogée s’épancher longuement sur un sujet ou un thème indiqué.

Un échantillon d’experts

L’entretien non directif est souvent employé pour interroger une personne qui a d’importantes connaissances sur le sujet étudié (un expert par exemple). Celle-ci a tout le temps pour donner des explications.

Exemple

Pour un mémoire portant sur le manque de personnel hospitalier en France, l’enquêteur interroge un infirmier. Pour lancer son entretien non directif, il demande à celui-ci de parler du manque de moyens humains dans sa profession. Il laisse l’intéressé répondre, le relançant si nécessaire en rebondissant sur un élément évoqué.

En résumé

  • On laisse la personne interrogée donner son point de vue complet.
  • L’enquêteur relance la conversation si besoin, à partir des déclarations faites par la personne interrogée.
  • Le but est d’approfondir un sujet donné à travers la parole libre d’un individu interrogé qui qa une certaine expertise ou expérience dans le domaine.
  • L’enquêteur ne mène pas l’entretien, il occupe un rôle plutôt passif.

Les formes de l’entretien non directif

Dans le contexte d’une étude qualitative, l’entretien non directif peut se décliner sous deux formes :

  1. L’entretien non directif.
  2. L’entretien non directif actif.

L’entretien non directif “tout court”

Dans un entretien non directif, l’enquêteur indique un thème général à la personne interrogée et n’intervient que pour relancer la conversation et encourager l’enquêté à développer sa pensée.

L’enquêteur écoute son homologue et ne l’interrompt pas. Il apprend de ses réponses lors du monologue de son interlocuteur.

Exemple

Pour le mémoire sur le manque de personnel en milieu hospitalier, l’enquêteur interroge un médecin d’un hôpital. À travers le récit du professionnel, l’enquêteur s’instruit et construit l’entretien à partir des mots entendus.

L’entretien non directif actif

L’entretien non directif actif se base également sur une question centrale. Cependant, l’enquêteur peut se servir de ses connaissances sur le sujet pour relancer l’individu questionné.

S’il ne doit pas influencer l’entretien, le chercheur peut ici aborder des sous-thèmes.

Exemple

Dans le cadre d’un mémoire sur le manque de personnel à l’hôpital, l’enquêteur interroge un médecin. Ayant réalisé un stage d’observation lors de ces études de sociologie, l’enquêteur connaît au préalable, certains faits. À partir de ses connaissances, celui-ci relance le médecin pour aborder des points plus précis.

Entretien non directif : quels avantages et limites pour votre recherche ?

Il est intéressant d’étudier les points forts et faibles de l’entretien non directif, surtout lorsque vous hésitez entre plusieurs types d’entretien de recherche

AvantagesLimites
  • Donne une grande liberté à la personne interrogée dans ses réponses.
  • Permet d’étudier le fond de la pensée de l’individu questionné (ce que l’entretien semi-directif et directif ne permettent pas).
  • L’enquêteur est à l’écoute de l’enquêté qui se sent mis en valeur.
  • Moins de stress pour l’enquêteur qui ne mène pas l’entretien.
  • Ne permet pas de rebondir avec de nouvelles questions (ce qui est possible lors d’un entretien semi-directif).
  • L’entretien non directif ne permet pas d’établir de résultats statistiques.
  • Il est plus difficile d’établir des comparaisons entre plusieurs entretiens non directifs.

Comment préparer un entretien non directif ?

Pour préparer votre entretien non directif, il est nécessaire de respecter certaines étapes.

ÉtapesQue faire ?
Travailler le sujet en amontCette étape doit vous permettre de dégager une problématique et un sujet précis sur lesquels vous souhaitez obtenir des informations.
Trouver la personne à interrogerÀ partir de votre problématique ou de votre sujet, demandez-vous quelle personne est la plus à même de vous apporter des informations essentielles.

Il faut que cette personne puisse vous apporter de nouvelles connaissances ou une expérience unique, par exemple qui ne se trouveraient pas dans la littérature déjà étudiée.

Prendre contact avec la personneGrâce à vos connaissances, ou à des informations sur internet et les réseaux sociaux, rentrez en contact avec la personne que vous souhaitez interroger.
Préparer l’entretienUne fois que la personne a accepté, vous pouvez commencer à préparer l’entretien. Établissez quelques grands thèmes sur lequel lancer votre interlocuteur. Ceux-ci doivent permettre de récolter des données informatives répondant à votre problématique.

Petit conseil…
Attendez de connaître l’identité de la personne interrogée pour préparer votre entretien. Dans le cadre d’un mémoire sur le manque d’effectif à l’hôpital, les grands thèmes à préparer à l’avance ne seront pas les mêmes, si vous avez en face de vous un patient ou un médecin.

Le matériel à utiliser lors d’un entretien non directif

L’enregistrement audio (ou vidéo) est fortement conseillé lors d’un entretien non directif, car il se fait en face-à-face. Etant donnée la longueur de certaines réponses, il est utile d’enregistrer les paroles entendues.

Pour le reste, l’entretien non directif demande une liste réduite de matériel :

  • Un carnet et un stylo pour la prise de notes (pas besoin de guide d’entretien), notamment si vous remarquez une gestuelle particulière.
  • Un microphone ou une caméra pour enregistrer l’entretien (vous pouvez utiliser pour cela votre smartphone).

Après avoir préparé votre entretien non directif, vous voilà prêt à vous lancer dans les meilleures conditions.

Quelles étapes suivre pour mener un entretien non directif ?

Le jour de l’entretien, vous devrez suivre 5 étapes simples :

  1. Préparation et installation du matériel : arrivez avec quelques minutes d’avance pour installer votre matériel (microphone/caméra, carnet, stylo). Reprenez votre feuille sur laquelle vous avez noté les grands thèmes à aborder.
  2. Présenter le travail : présentez en quelques phrases le cadre de votre travail pour que la personne interrogée comprenne le contexte de l’entretien. Expliquez la forme de l’entretien : peu de questions, parole libre sans interruption.
  3. Commencer l’entretien : formuler une interrogation de départ. Celle-ci doit être large et ouverte.
  4. Relancer la discussion : en écoutant attentivement votre interlocuteur, vous pouvez relancer l’entretien à partir d’éléments soulevés (entretien non directif) ou de vos connaissances (entretien non directif actif). Vous ne devez pas couper la parole, mais relancer la personne quand celle-ci arrive en fin d’explication.
  5. Conclusion et remerciements : lorsque vous estimez avoir les renseignements qu’il vous faut, concluez l’entretien. Remerciez l’enquêté et proposez de lui faire parvenir votre travail de recherche dans son ensemble, une fois rédigé.

Quelle attitude adopter ?
L’entretien non directif ne demande pas beaucoup d’interactions de la part du chercheur. L’efficacité de l’entretien repose donc sur son attitude générale.

Ce que vous devez faire :
– Adopter une attitude de compréhension.
– Être à l’écoute et bienveillant.
– Avoir de l’empathie.
– Garder une certaine neutralité : une attitude de non critique.

Ce que vous ne devez pas faire :
– Porter un jugement.
– Couper la parole.
– Sortir du cadre de l’entretien.

Comment exploiter les données d’un entretien non directif ?

Il s’agit désormais d’exploiter et d’analyser les données récoltées lors de l’entretien non directif pour rédiger la conclusion de votre étude.

  • Reprendre l’entretien : établissez une première relecture de vos notes. S’il a été enregistré, réécouter l’entretien pour faire émerger certains éléments. Cette étape doit vous permettre de vous lancer dans l’analyse des données.=
  • Retranscrire l’entretien : à travers cette étape, surligner les passages utiles pour votre conclusion.
  • Établir un tableau récapitulatif : grâce aux éléments surlignés, dresser un tableau récapitulant les principaux éléments de réponse de l’enquêté sur un thème donné.
  • Rédiger une conclusion : reprendre le tableau récapitulatif pour écrire la conclusion de l’étude qualitative.

Exemple complet d’un entretien non directif

Pour un entretien non directif, voici un exemple de sujet, d’une retranscription et d’une analyse de données.

Exemple de sujet

Il est utile de réaliser un entretien non directif lorsque l’on doit interroger une personne ayant une grande connaissance ou expérience du sujet traité.

Dans le cadre d’un mémoire sur le manque de personnel dans les hôpitaux publics français, l’étudiant peut faire le choix d’interroger un médecin délégué du personnel.

Pour préparer l’entretien, l’étudiant prépare les grands thèmes qu’il voudrait aborder, accompagné d’une question très générale.

Exemple de thèmes à aborder

Dans le cadre d’un mémoire sur le manque d’effectif dans les hôpitaux publics, les thèmes à aborder pourrait être :

  • La pénibilité au travail.
  • Le manque de moyens alloué.
  • Les conséquences (qualité des soins, réputations, …)
  • Quelles décisions à prendre ? Quelles solutions ?
  • Quid des cliniques privées ?

Selon les réponses de la personne interrogée, les thèmes peuvent changer d’ordre pour former un entretien cohérent et fluide.

Exemple de retranscription

Lors de la phase de retranscription, l’étudiant tri, et inscrit les principaux éléments de réponse dans un tableau récapitulatif.

ThèmesQuestions généralesÉléments de réponses
La pénibilité du travail en milieu hospitalierLa pénibilité du travail à l’hôpital, une réalité ?
  • L’hôpital devient une entreprise.
  • Personnel en sous-effectif.
  • Manque de moyens.
Le manque de moyensLe manque d’effectif, c’est avant tout un manque de moyens ?
  • Oui, baisse des subventions.
  • Donc baisse des effectifs.
  • De ce fait, patient moins bien traité.
La qualité des soinsUn manque d’effectif, c’est donc des soins qui se détériorent ?
  • Oui, accueil se dégrade depuis 10 ans.
  • Manque de lits aux urgences, patients. laissés plusieurs heures dans les couloirs.
  • La réputation de l’hôpital public se dégrade, la confiance baisse.
La réputation de l’hôpital publicLe manque d’effectif entraîne une perte de confiance envers l’hôpital public ?
  • La réputation des urgences : l’interminable attente.
  • L’énervement des patients.
  • Certains se tournent vers les cliniques privées.
Les cliniques privéesLes cliniques privées, grandes gagnantes des hôpitaux en sous-effectif ?
  • Oui, certains patients se détournent de l’hôpital public.
  • Des médecins partent également travailler dans ses structures pour une meilleure qualité de vie (rythme de travail et salaire).
Les médecins et le choix du public/privéSi les médecins partent dans le privé, cercle vicieux ?
  • Amène de nouvelles difficultés de personnel.
  • Motive le gouvernement à privatiser le système de santé.

Conseil…
Dans les éléments de réponse, il vous faut donner l’idée générale défendue par la personne interrogée. Ne pas écrire l’ensemble de ses paroles dans le tableau. Si l’entretien a été enregistré, indiqué dans cette case le moment de l’entretien où la réponse a été donnée.

Exemple d’une analyse des données

Comme pour l’analyse de données de l’entretien semi-directif, vous pouvez regrouper les éléments de réponse de plusieurs thèmes ensemble. Il s’agit ensuite d’écrire un développement pour résumer ces parties. Cela constitue le plan de votre conclusion générale.

Les thèmes représentent le squelette de la conclusion à rédiger, les réponses à ces grandes thématiques, la chair.

Grandes parties regroupant des thèmesDéveloppement
I – Pénibilité au travail à l’hôpital : la faute au manque de moyens.Si dans le secteur hospitalier, la pénibilité au travail est une réalité, il s’explique par la diminution et le manque de moyens alloué à ce secteur …
II – Une qualité des soins dégradée, une réputation entachée.Ce manque de moyens a pour principale conséquence une dégradation de l’accueil et des soins pour les patients. Cela entache la réputation des hôpitaux publics en France.
III – Les cliniques privées, les carrières des médecinsLes cliniques privées peuvent profiter de ce phénomène. Elles récupèrent à la fois de nouveaux patients. Mais également certains médecins qui viennent chercher une qualité de travail meilleure. L’hôpital public, lui, est doublement pénalisé : il manque d’effectif, et continue à perdre du personnel. En perdant du personnel, il ne peut pas améliorer sa réputation et se sortir de cette situation.
ConclusionL’entretien de recherche de l’étude qualitative a notamment permis de comprendre le cercle vicieux dans lequel l’hôpital public est plongé, à travers le manque d’effectif que celui-ci connaît.

L’entretien non directif s’avère utile quand un chercheur doit interroger une personne très qualifiée sur un sujet et permet de comprendre le fond d’un sujet.

Cet article est-il utile ?
Gaspard Claude

Gaspard est rédacteur pour la partie "méthodologie et recherche" de Scribbr. Il était étudiant en journalisme, puis en Sciences Politiques il y a peu. Il tente d’aider au mieux les étudiants à travers des articles pédagogiques utiles et clairs.

Laissez un commentaire